En 2012, le CID-Femmes a fêté ses 20 ans. La création de ce
centre d'information et documentation sur les femmes, situé à deux pas
du Centre Aldringen à Luxembourg-Ville, s'inscrit dans un contexte
particulier.
Interview avec Colette
Kutten, présidente du CID-Femmes, ancienne membre du MLF
Mme Kutten, Dans quelles
circonstances le CID-Femmes a-t-il vu le jour ?
Colette Kutten :
« En 1989, le MLF au Luxembourg avait perdu sa dynamique, comme c'était aussi le cas dans d'autres pays européens. Au Luxembourg, ses
membres cherchaient d’autres engagements, au sein de partis politique ou
d’organisations pour femmes. Nous souhaitions quand même poursuivre le travail du MLF
pour pérenniser ses acquis et revendications, mais d’une autre manière.
L’intervention de Véronique de Graef des cahiers du GRIF (Groupe
de Recherche et d'Information Féministe) a été déterminante. A
l’occasion d’une conférence débat intitulée ''Le féminisme est mort ?
Vive le Féminisme !'' en 1989, elle nous a présenté l’idée d’un
centre de documentation à l’image de ce qui se faisait déjà en Europe ».
Le CID poursuit certains engagements et revendication du MLF, mais en quoi se distingue-t-il
de son prédécesseur ?
C.K. : « Le
CID-Femmes est moins extrême. Le temps des manifs et des occupations de sites
est révolu. Le CID a pour rôle d’accompagner le changement des mentalités […] il n’intervient que ponctuellement sous forme de
lobbying, quand nous jugeons qu’il faut s’emparer d’un débat ou d’un sujet
précis. C’est ce que nous avons fait dernièrement avec le collectif ''Si je
veux''. »
Le CID-Femmes est-il réservé
uniquement aux femmes ?
C.K. : « Non,
il est également ouvert aux hommes. Au début des années 90, le groupe de
travail en charge de créer le CID avait débattu de cette question. Comme nous
souhaitions nous adresser à un public plus large, nous avions décidé d’accepter
les hommes. Cela a créé des divergences et certaines ont même quitté le groupe de
travail.
Aujourd’hui le CID-Femmes est bien fréquenté par les hommes, surtout
depuis la mise en réseau de son catalogue. D’ailleurs, les ouvrages que nous
proposons peuvent aussi s’adresser à un public masculin puisqu’il y est souvent
question des deux genres. »
Qu’est-ce que le
féminisme pour vous ?
C.K. : « C’est
la recherche de l’égalité des sexes dans tous les domaines. Sans doute
avons-nous atteint l’égalité de droit. Mais dans les faits, nous devons encore
œuvrer pour que les hommes et les femmes jouissent de la même reconnaissance et
du même respect, tant dans le monde du travail que dans le domaine conjugal. En
outre, n’oublions pas que le phénomène de la traite des femmes est en augmentation.
Pour moi, le féminisme
c’est pouvoir vivre en liberté, sans normes ou contraintes imposées, quel que
soit votre sexe. »