30|11|10
Foot et socialisation masculine
"Depuis les années 70, il y a un véritable changement"
Peut-on être femme et fan de foot? Ou à l'inverse, peut-on être un homme et ne pas aimer le ballon rond? Megapower.lu a posé la question à Xavier Breuil, docteur en histoire et chercheur rattaché au cevipol (ULB)
En tant que chercheur, Xavier Breuil a écrit une thèse sur les femmes et le football. "On peut tout à fait être une femme et aimer le foot", explique-t-il, "tout comme un homme a le droit de ne pas s'y intéresser". Le chercheur constate d'ailleurs qu'il y de plus en plus de femmes qui s'intéressent au foot: "En France, le nombre de spectatrices a augmenté de 10 à 20% parce que les stades bénéficient d'une sécurisation croissante."
De plus, cette augmentation correspondrait à un changement de profil du spectateur. "On n'a plus affaire à des supporters classiques, venus pour soutenir leur club, mais plutôt à des spectateurs et à des spectatrices venus assister à un beau match" souligne le chercheur qui poursuit que certains groupes "ultra" de supporters masculins préfèrent néanmoins rester entre eux, plutôt que d'intégrer des femmes dans leur "clique".
Pourquoi? Tout simplement parce que le foot a longtemps été une histoire d'hommes. Pour définir cela, Xavier Breuil évoque la "socialisation masculine". Le foot a longtemps été un sport pratiqué par les hommes pour les hommes, bref, un loisir et un sujet de discussion marqué par la masculinité.
Question de respectabilité
Comment, alors, faire participer les femmes? Alors que de plus en plus de femmes s'impliquent dans ce sport associatif par excellence, les choses n'ont pas toujours été simples. Xavier Breuil relève que la FIFA et l'UEFA ont longtemps été hostiles à la promotion du football féminin. Il y a pour cela plusieurs raisons. La principale est celle de la respectabilité, surtout au niveau mondial. Tant du point de vue des présidents de fédérations que des joueurs. Il y a la réputation à défendre, l'image à préserver, surtout quand il y a des enjeux financiers. Comme le suggère Xavier Breuil, joueurs et fédérations auraient eu tendance à vouloir conserver leurs privilèges.
La situation a changé dans les années 70, quand des femmes se sont mises ensemble pour jouer au foot. Petit à petit elles ont mis la pression sur les fédérations, jusqu'en 1988, lorsqu'un premier match officiel au niveau mondial a eu lieu entre deux équipes féminines. Depuis 1991, la coupe du monde de foot féminin a lieu tous les quatre ans.
A cela s'ajoute que dans certains pays, comme la Norvège, le football est mixte et se pratique entre garçons et filles.





